Je bouquine

Dans la peau d’une djihadiste

S’informer, enquêter, retranscrire, partager, écrire. Le journalisme me passionne. Il a d’ailleurs fait l’objet de mon mémoire de fin d’étude : j’ai étudié l’évolution de l’image du Pays basque à travers les journaux télévisés français. J’ai été absorbée/obsédée par cette recherche passionnante. C’est donc avec un intérêt singulier pour les enquêtes, pour le statut d’enquêteur, que je me suis plongée dans l’ouvrage d’Anna Erelle, Dans la peau d’une djihadiste.

L’actualité n’échappe à personne. Celle tragique et insaisissable du moment tout particulièrement. Anna Erelle, pigiste pour un grand journal français, s’intéresse au phénomène du djihad à travers les réseaux sociaux. Elle est alors contactée par Bilel, un français basé en Syrie. Afin de mieux comprendre le recrutement de jeunes par l’Etat islamique, elle s’immisce dans la peau du personnage qu’elle a crée : Mélodie, 19 ans, toulousaine convertie à l’islam. Un récit aussi captivant qu’étourdissant.

Voilà trois semaines que j’ai achevé cette enquête, et j’en suis encore imprégnée. Le style, le réalisme, m’ont donnée le sentiment d’être au coeur du récit : la curiosité d’Anna, mêlée à l’excitation de tenir un sujet brûlant mais également à la peur, celle du danger encouru. En un mot : l’adrénaline. Son immersion est retranscrite avec justesse. Tantôt dans la peau d’Anna la journaliste déterminée, tantôt dans la peau de la vulnérable Mélodie, le récit dévoile la schizophrénie de la situation. Se pose alors des questions déontologiques : où se situe la frontière entre la réalité et le journalisme ? La soif d’information peut-elle mener jusqu’à l’inconscience ? L’enquête fait progressivement émergé plusieurs questionnements autour de la profession.
En parallèle, les intentions de Bilel et son emprise se dévoilent aussi. Les rouages bien huilés des filières de recrutement s’installent. Son incursion grandissante dans la petite vie de Mélodie impressionne. La situation est dérangeante. Anna capte parfaitement les instants, l’influence. L’actualité s’éclaire également : le lecteur appréhende un peu mieux l’Etat islamique et ses intentions.

Terminer ce livre m’a laissé un énorme sentiment de malaise, de froid dans le dos. L’enquête est glaçante, passionnante. J’ai retrouvé l’obsession et le jusqu’au boutisme que j’avais pu ressentir lors de mon travail de mémoire. Le fait qu’elle touche à un sujet au coeur de l’actualité ajoute une profondeur et une amertume particulière. J’y pense souvent, et chaque reportage consacré à l’Etat islamique m’interpelle et me rappelle cette lecture. Je tiens également à souligner le courage et la force d’Anna Erelle pour ce témoignage détaillé et sincère. Ne sous estimons pas l’importance des mots, ils sont notre meilleure arme !

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3 Comments

  • Reply Joyeux Magazine 15 janvier 2016 at 10 h 27 min

    Ca a l’air passionnant ! J’ai acheté « Terroristes » de Marc Trévidic avant les attentats mais j’arrive pas à rentrer dedans, les larmes me montent aux yeux à chaque fois :/ Je vais attendre encore quelques mois. Merci pour cette suggestion !

  • Reply Tatiana 26 février 2016 at 18 h 22 min

    Il faut vraiment que je trouve le temps de lire, tout ce que tu suggères a l’air très intéressant! Continue à dénicher des bons bouquins mais pas trop vite que j’ai le temps de suivre…!

    • Maitetxu
      Reply Maitetxu 26 février 2016 at 18 h 54 min

      Oh oui je suis sur qu’il te plaira ! Merci 🙂

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