Au ciné

L’Outsider

L’histoire de l’économie est fascinante. J’ai eu l’occasion de m’y plonger durant mes études. Et même si les mécanismes actuels du trading m’échappent, je suis passionnée par cet univers disproportionné. J’ai en tête l’excellent documentaire Inside Job de Charles H. Ferguson qui retrace la crise des subprimes. C’est donc pour assouvir cette soif de connaissance (et de curiosité) que j’ai vu L’Outsider de Christophe Barratier.

L’histoire : On connaît tous Kerviel, l’opérateur de marchés de 31 ans dont les prises de risque auraient pu, en 2008, faire basculer la Société Générale – voire même le système financier mondial… Kerviel est condamné deux ans plus tard à cinq ans de prison dont trois ferme et aux plus lourds dommages-intérêts jamais vus pour un particulier : 4,9 milliards d’euros ! Mais que sait-on de Jérôme ?… Entré dans la banque par la petite porte en 2000, personne n’aurait pu prédire que le jeune Breton parviendrait à devenir trader 5 ans plus tard. Et Jérôme Kerviel va gagner ses galons et sa place en apprenant vite. Très vite. Jusqu’à fin 2007, il sera dans une spirale de réussite : « une bonne gagneuse », « une cash-machine » comme le surnommaient ses collègues…

Mes impressions : J’ai ressenti le même sentiment qu’en regardant Le loup de Wall Street de Martin Scorsese : du dégoût. Cette abondance, cette démesure me surpassent. Et cette dimension est parfaitement représentée dans le film lorsque le mentor de Jérôme Kerviel, joué par l’excellent François-Xavier Demaison, lui explique la nouvelle échelle de grandeur sur laquelle il va devoir se baser. Cette scène résume parfaitement le film.

Le spectateur est plongé au coeur d’un engrenage sans fin, parfois jusqu’à l’obsession. Arthur Dupont est excellent. D’abord la naïveté, puis l’emportement, la colère et surtout énormément de stress, il déballe avec authenticité une série de sentiments qui tient en haleine tout au long du film. J’ai vécu l’histoire au rythme de Kerviel, mes émotions n’ont pas cessé d’osciller entre anxiété et tristesse.
L’univers est fou, le fric cynique et volatile, l’esprit d’équipe superficiel. Les scènes sont parfois surréalistes. Je pense en particulier à une scène d’enterrement qui est d’une violence incroyable. Les paradoxes entre le cocon familial breton de Kerviel et son quotidien sont frappants. La mise en scène est excellente, ce film français n’a rien à envier aux plus grands.

Je ne connaissais Jérôme Kerviel, qu’à travers les unes de journaux, et je dois avouer que je m’en faisais une idée plutôt négative. Le film est une véritable contre-attaque. Il le présente comme un jeune homme sensible, passionné, dévoué à son travail. Difficile de se faire une idée juste, mais le film a le mérite d’apporter un autre son de cloche. Le personnage, sa situation, sont complexes, ce qui m’a vraiment donné envie de lire L’engrenage, mémoires d’un trader, écrit par Kerviel mais aussi de me replonger dans l’affaire à travers les différents articles/reportages médiatiques. Je n’ai pas réussi à trouver un avis de Kerviel sur le film, dommage !

Les amateurs d’histoire vraie et de scandales financiers (ou même autre) apprécieront. Le film est très psychologique, le spectateur n’a pas une minute pour souffler. Les vannes sont aussi très bonnes. A voir et à revoir (pour les beaux yeux d’Arthur Dupont) !

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2 Comments

  • Reply Saby Sloan 5 juillet 2016 at 9 h 55 min

    Je travaille en finance (pas en salle des marchés mais avec eux (un peu comme le blondinet qui bosse dans les risques)) et je trouve en effet que l’Outsider est très bien tourné et résume parfaitement l’affaire Kerviel, du moins c’est raccord avec son livre témoignage!

    • Maitetxu
      Reply Maitetxu 5 juillet 2016 at 17 h 42 min

      Cool, ça me donne encore plus envie de le lire 🙂

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