Au ciné

The lobster

Un nom curieux pour un film curieux. The Lobster de Yórgos Lánthimos a remporté le prix du jury au dernier festival de Cannes. Il a visiblement aussi conquis le public : je travaille dans un cinéma et la fréquentation positive a titillé ma curiosité…

Dans un univers dystopique, pas si lointain du notre, le couple est devenu l’unité de base de la société. Les célibataires sont enfermés dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver un/une partenaire. Le critère : posséder un point commun. Faute de réussite, ils seront transformés en l’animal de leur choix et condamnés à vivre une autre vie.

Le postulat de départ est terrifiant, et la mise en scène du film sert entièrement cette idée. Le tournage s’est déroulé dans un comté irlandais (vastes forêts, lacs, grandes plaines), et les images sont de surcroît colorées par un filtre bleuté : l’ambiance est frigide. Accompagnée de plans fixes, ralentis, et voix off, la musique classique vient elle aussi intensifier ce sentiment avec notamment des pics de violon tout au long du film. Le décor est glauque, et dans cet environnement, le spectateur suit David, interprété par Collin Farrel, désespérément à la recherche d’une moitié. La critique est violente, celle de l’uniformité et des conventions sociales tenaces. Avec folie et originalité, Yórgos Lánthimos adresse au spectateur une observation pleine de réalité actuelle : notre obsession permanente autour de l’amour et de la représentation du couple. Difficile aujourd’hui d’être célibataire sans essuyer des questions telles que « Comment ça se fait ? Tu cherches pas ? ». En témoigne également tout le marketing publicitaire autour des amants, ou l’émergence de nombreux sites/moyens de rencontre. Dans un futur proche imaginé dans le film, cette préoccupation devient le centre névralgique de la société. A tel point que l’amour en est dépourvu d’humanité et de sens. Par l’absurdité, il décrit un espace social grandissant. Les personnages ne sont pas nommés, le spectateur les identifie grâce à leur caractéristique : « je suis, donc je suis ». La solitude est une tare, et ceux qui ont fait ce choix de vie sont hors la loi, et se regroupent en une communauté isolée. Inversement, l’amour y est interdit…

C’est un énorme coup de coeur pour la réflexion, l’esthétique et le casting (royal) de The Lobster !

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3 Comments

  • Reply Sarah 16 décembre 2015 at 12 h 24 min

    J’ai énormément accroché et trouvé la façon de traiter le sujet vraiment atypique et formidable ! Du coup je vais regarder ses autres films =) !

    • Maitetxu
      Reply Maitetxu 22 décembre 2015 at 10 h 25 min

      Merci beaucoup ! Et je songe aussi à regarder les autres films du réalisateur 🙂

  • Reply Aurore 26 février 2016 at 13 h 21 min

    Ton analyse est très intéressante, et je rejoins ton enthousiasme. Mais seulement pour la mise en place de cet univers et du postulat afférent. Après, j’ai eu l’impression que le réalisateur ne savait plus bien comment mener sa barque.

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